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Un dilemme, Joris-Karl Huysmans, chapitre II

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  • MaĂ®tre Le Ponsart Ă©tait Ă©tabli, depuis trente annĂ©es, notaire Ă  Beauchamp, une petite localitĂ© situĂ©e dans le dĂ©partement de la Marne ; il avait succĂ©dĂ© Ă  son père dont la fortune, accrue par certaines opĂ©rations d’une inquiĂ©tante probitĂ©, avait Ă©tĂ©, dans les lentes soirĂ©es de la province, un inĂ©puisable aliment de commĂ©rages.

    Une fois ses études terminées, Maître Le Ponsart, avant de retourner au pays, avait passé à Paris quelque temps chez un avoué où il s’était initié aux plus perfides minuties de la procédure.

    D’instincts déjà très équilibrés, il était l’homme qui dépensait sans trop lésiner son argent, jusqu’à concurrence de telle somme ; s’il consentait, pendant son stage à Paris, à gaspiller tout en parties fines, s’il ne liardait pas trop durement avec une femme, il exigeait d’elle, en échange, une redevance de plaisirs tarifée suivant un barème amoureux établi à son usage ; l’équité en tout, disait-il, et, comme il payait, pièces en poches, il croyait juste de faire rendre à son argent un taux de joies usuraire, réclamait de sa débitrice un tant pour cent de caresses, prélevait avant tout un escompte soigneusement calculé d’égards.

    À ses yeux, il n’y avait que la bonne chère et les filles qui pussent représenter, en valeur, la dépense qu’elles entraînaient ; les autres bonheurs de la vie dupaient, n’équivalaient jamais à l’allégresse que procure la vue de l’argent même inactif, même contemplé au repos, dans une caisse ; aussi usait-il constamment des petits artifices usités dans les provinces où l’économie a la tenacité d’une lèpre ; il se servait de bobêchons, de brûle-tout, afin de consumer ses bougies jusqu’à la dernière parcelle de leurs mèches, faisait, ne pouvant supporter sans étourdissements le charbon de terre et le coke, de ces petits feux de veuves où deux bûches isolées rougeoient à distance, sans chaleur et sans flammes, courait toute la ville pour acquérir un objet à meilleur compte et il éprouvait une satisfaction toute particulière à savoir que les autres payaient plus cher, faute de connaître les bons endroits qu’il se gardait bien, du reste, de leur révéler, et il riait sous cape, très fier de lui, se jugeant très madré, alors que ses camarades se félicitaient devant lui d’aubaines qui n’en étaient point.

    De même que la plupart des provinciaux, il ne pouvait aisément dans un magasin tirer son porte-monnaie de sa poche ; il entrait avec l’intention bien arrêtée d’acheter, examinait méticuleusement la marchandise, la jugeait à sa convenance, la savait bon marché et de meilleure qualité que partout ailleurs, mais, au moment de se décider, il demeurait hésitant, se demandant s’il avait bien réellement besoin de cette emplette, si les avantages qu’elle présentait étaient suffisants pour compenser la dépense ; de même encore que la plupart des provinciaux, il n’eût point fait laver son linge à Paris par crainte des blanchisseuses qui le brûlent, dit-on, au chlore ; il expédiait le tout en caisse, par le chemin de fer, à Beauchamp, parce que, comme chacun sait, à la campagne, les blanchisseuses sont loyales et les repasseuses inoffensives.

    En somme, ses penchants charnels avaient été les seuls qui fussent assez puissants pour rompre jusqu’à un certain point ses goûts d’épargne ; singulièrement circonspect lorsqu’il s’agissait d’obliger un ami, Maître Le Ponsart n’eût pas prêté la plus minime somme à l’aveuglette, mais plutôt que d’avancer cent sous à un camarade qui mourait de faim, il eût, en admettant qu’il ne pût se dérober à ce service, offert de préférence à l’emprunteur un dîner de huit francs, car il prenait au moins sa part du repas et tirait un bénéfice quelconque de sa dépense.

    Son premier soin, quand il revint à Beauchamp, après la mort de son père, fut d’épouser une femme riche et laide ; il eut d’elle une fille également laide, mais malingre, qu’il maria toute jeune à M. Lambois qui atteignait alors sa vingt-cinquième année et se trouvait déjà dans une situation commerciale que la ville qualifiait de « conséquente ».

    Devenu veuf, Maître Le Ponsart avait continué d’exploiter son étude, bien qu’il ressentît souvent le désir de la vendre et de retourner se fixer à Paris où la supercherie de ses adroites prévenances ne se fût pas ainsi perdue dans une atmosphère tout à la fois lanugineuse et tiède.

    Et pourtant où eût-il découvert un milieu plus propice et moins hostile ? Il était le personnage le plus considéré de ce Beauchamp qui ne lui marchandait pas son admiration en laquelle entraient, pour dire vrai, du respect et de la peur. Après les éloges qui accompagnaient généralement son nom, cette phrase corrective se glissait d’habitude : « C’est égal, il fait bon d’être de ses amis », et des hochements de tête laissaient supposer que Maître Le Ponsart n’était point un homme dont la rancune demeurait inactive.

    Son physique seul avertissait, tout en les déconcertant, les moins prévenus ; son teint aqueux, ses pommettes vergées de fils roses, son nez en biseau relevé au bout, ses cheveux blancs enroulés sur la nuque et couvrant l’oreille, ses laborieuses épaules de vigneron, sa familière bedaine de curé gras, attiraient par leur bonhomie, incitaient d’abord à se confier à lui, presque à lui taper gaiement sur le ventre, les imprudents que glaçaient aussitôt l’étain de son regard, l’hiver de son œil froid.

    Au fond, nul à Beauchamp n’avait pénétré le véritable caractère de ce vieillard qu’on vantait surtout parce qu’il semblait représenter la distinction parisienne en province et qui n’avait néanmoins pas abdiqué son origine, étant resté un pur provincial, malgré son séjour dans la capitale.

    Parisien, il l’était au suprême degré pour toute la ville, car ses savons et ses vêtements venaient de Paris et il était abonné à « la Vie Parisienne » dont les élégances tolérées allumaient ses prunelles graves ; mais il corrigeait ces goûts mondains par un abonnement au « Moliériste », une revue où quelques gaziers s’occupaient d’éclairer la vie obscure du « Grand Comique ». Il y collaborait, du reste — la gaieté de Molière étant pour lui compréhensible — et son amour pour cette indiscutable gloire était tel qu’il mettait « le Bourgeois gentilhomme » en vers ; ce prodigieux labeur était sur le chantier depuis sept ans ; il s’efforçait de suivre le texte mot à mot, recueillant une immense estime de ce beau travail qu’il interrompait parfois cependant, pour fabriquer des poésies de circonstance qu’il se plaisait à débiter, les jours de naissance ou de fête, dans l’intimité, alors qu’on portait des toasts.

    Provincial il l’était aussi au degré suprême : car il était tout à la fois amateur de commérages, gourmand et liardeur, remisant ses instinct sensuels qu’il n’eût pu satisfaire sans un honteux fracas, dans une petite ville, il avouait les charmes de la bonne chère et donnait de savoureux dîners, tout en rognant sur l’éclairage et les cigares. Maître Le Ponsart est une fine bouche, disaient le percepteur et le maire qui jalousaient ses dîners, tout en les prônant. Dans les premiers temps, ce luxe de la table et cet abonnement à un journal parisien, cher, faillirent outrepasser la dose de parisianisme que Beauchamp était à même de supporter ; le notaire manqua d’acquérir la réputation d’un roquentin et d’un prodigue ; mais bientôt ses concitoyens reconnurent qu’il était un des leurs, animé des mêmes passions qu’eux, des mêmes haines ; le fait est que, tout en gardant le secret professionnel, Maître Le Ponsart encourageait les médisances, se délectait au récit des petits cancans, puis il aimait tant le gain, vantait tant l’épargne, que ses compatriotes s’exaltaient à l’entendre, remués délicieusement jusqu’au fond de leurs moelles par ces théories dont ils raffolaient assez pour les entendre quotidiennement et les juger toujours poignantes et toujours neuves. Au reste, ce sujet était pour eux intarissable ; là, partout, l’on ne parlait que de l’argent ; dès que l’on prononçait le nom de quelqu’un, on le faisait aussitôt suivre d’une énumération de ses biens, de ceux qu’il possédait, de ceux qu’il pouvait attendre. Les purs provinciaux citaient même les parents, narraient des anecdotes autant que possible malveillantes, scrutaient l’origine des fortunes, les pesaient à vingt sous près.

    Ah ! c’est une grande intelligence doublée d’une grande discrétion ! disait l’élite bourgeoise de Beauchamp. Et quel homme distingué ! ajoutaient les dames. Quel dommage qu’il ne se prodigue pas davantage ! reprenait le chœur, car Maître Le Ponsart, malgré les adulations qui l’entouraient, se laissait désirer, jouant la coquetterie, afin de maintenir intact son prestige, puis souvent il se rendait à Paris, pour affaires, et, à Beauchamp, la société qui se partageait les frais d’abonnement du « Figaro », demeurait un peu surprise que cette feuille n’annonçât point l’entrée de cet important personnage dans la métropole, alors que, sous la rubrique : « Déplacements et villégiatures » elle notait spécialement, chaque jour, les départs et les arrivées « dans nos murs » des califes de l’industrie et des hobereaux, au vif contentement du lecteur qui ne pouvait certainement que s’intéresser à ces personnes dont il ignorait, la plupart du temps, jusqu’aux noms.

    Cette gloire qui rayonnait autour de Maître Le Ponsart avait un peu rejailli sur son gendre et ami, M. Lambois, ancien bonnetier, établi à Reims, et retiré, après fortune faite, à Beauchamp. Veuf de même que son beau-père et n’ayant aucune étude à gérer, M. Lambois occupait son oisiveté dans les cantons où il s’enquérait de la santé des bestiaux et de l’ardeur à naître des céréales ; il assiégeait les députés, le préfet, le sous-préfet, le maire, tous les adjoints, en vue d’une élection au conseil général où il voulait se porter candidat.

    Faisant partie des comités électoraux, empoisonnant la vie de ses députés qu’il harcelait, bourrait de recommandations, chargeait de courses, il pérorait dans les réunions, parlait de notre époque qui se jette vers l’avenir, affirmait que le député, mis sur la sellette, était heureux de se retremper dans le sein de ses commettants, prônait l’imposante majesté du peuple réuni dans ses comices, qualifiait d’arme pacifique le bulletin de vote, citait même quelques phrases de M. de Tocqueville, sur la décentralisation, débitait, deux heures durant, sans cracher, ces industrieuses nouveautés dont l’effet est toujours sûr.

    Il rêvait à ce mandat de conseiller général, ne pouvant encore briguer le siège de son député qui n’était pas dupe de ses manigances et était bien résolu à ne point se laisser voler sa place, il y rêvait, non seulement pour lui, dont les convoitises seraient exaucées, mais aussi pour son fils qu’il destinait au sacerdoce des préfectures. Une fois que Jules aurait passé sa thèse, M. Lambois espérait bien, par ses protections, par ses démarches, le faire nommer sous-préfet. Il comptait même agir si fortement sur les députés, qu’ils le feraient placer à la tête du département de la Marne ; alors, ce serait son enfant à lui, Lambois, ex-bonnetier retiré des affaires, qui régirait ses compatriotes et qui administrerait son département d’origine. Positivement, il eût vu dans l’élévation de son fils à un si haut grade, une sorte de noblesse décernée à sa famille dont il vantait pourtant la roture, une sorte d’aristocratie qu’on pourrait opposer à la véritable, qu’il exécrait, tout en l’enviant.

    Mais tout cet échafaudage de désirs avait croulé ; la mort de son enfant avait obscurci cet avenir de vanité, brouillé cet horizon d’orgueil, puis, il avait réagi contre ce coup, et ses ambitions familiales s’étaient renversées sur ses ambitions personnelles et s’y étaient fondues. Avec autant d’âpreté, il souhaitait maintenant d’entrer au conseil général et, soutenu par Maître Le Ponsart qui le guidait pas à pas, il s’avançait peu à peu, sans encombre, souvent à plat ventre, espérant une élection bénévole, sans concurrent sérieux, sans frais sévères. Tout marchait suivant ses vœux et voilà que se levait la menace d’une gourgandine ameutant la contrée autour d’un petit Lambois, écroué dans la temporaire prison de son gros ventre !

    Jules a dû lui communiquer dans ses moments d’expansion mes projets, se disait-il douloureusement, le jour où il reçut la demande d’argent signée de cette femme.

    — Ah ! c’est là notre point vulnérable, notre talon d’Achille, soupira le notaire quand il lut cette missive, et tous deux, malgré les principes dont ils faisaient parade, regrettaient les anciennes lettres de cachet qui permettaient d’incarcérer, jadis, pour de semblables motifs, les gens à la Bastille.


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    Litterature, Nouvelle, SĂ©lection

    Un dilemme, Joris-Karl Huysmans, chapitre I

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  • A A A
  • Dans la salle Ă  manger meublĂ©e d’un poĂŞle en faĂŻence, de chaises cannĂ©es Ă  pieds tors, d’un buffet en vieux chĂŞne, fabriquĂ© Ă  Paris, rue du Faubourg Saint-Antoine, et contenant, derrière les vitres de ses panneaux, des rĂ©chauds en ruolz, des flĂ»tes Ă  champagne, tout un service de porcelaine blanche, liserĂ© d’or, dont on ne se servait du reste jamais ; sous une photographie de Monsieur Thiers, mal Ă©clairĂ©e par une suspension qui rabattait la clartĂ© sur la nappe, MaĂ®tre Le Ponsart et M. Lambois plièrent leur serviette, se dĂ©signèrent d’un coup d’œil la bonne qui apportait le cafĂ© et se turent.

    Quand cette fille se fut retirée, après avoir ouvert une cave à liqueur en palissandre, M. Lambois jeta un regard défiant du côté de la porte, puis, sans doute rassuré, prit la parole.

    — Voyons, mon cher Le Ponsart, fit-il à son convive, maintenant que nous sommes seuls, causons un peu de ce qui nous occupe ; vous êtes notaire ; au point de vue du droit, quelle est la situation exacte ?

    — Celle-ci, répondit le notaire, en coupant, avec un canif à manche de nacre qu’il tira de sa poche, le bout d’un cigare : votre fils est mort sans postérité, ni frère, ni sœur, ni descendants d’eux ; le petit avoir qu’il tenait de feu sa mère doit, aux termes de l’article 746 du Code civil, se diviser par moitié entre les ascendants de la ligne paternelle et les ascendants de la ligne maternelle ; autrement dit, si Jules n’a pas écorné son capital, c’est cinquante mille francs qui reviennent à chacun de nous.

    — Bien. — Reste à savoir si, par un testament, le pauvre garçon n’a pas légué une partie de son bien à certaine personne.

    — C’est un point qu’il est, en effet, nécessaire d’éclaircir.

    — Puis, continua M. Lambois, en admettant que Jules possède encore ses cent mille francs, et qu’il soit mort intestat, comment nous débarrasserons-nous de cette créature avec laquelle il s’est mis en ménage ? Et cela, ajouta-t-il, après une minute de réflexion, sans qu’il y ait, de sa part, tentative de chantage, ou visite scandaleuse venant nous compromettre dans cette ville.

    — C’est là le hic, mais j’ai mon plan ; je pense expulser la coquine sans grosse dépense et sans éclat.

    — Qu’est-ce que vous entendez par « sans grosse dépense » ?

    — Dame, une cinquantaine de francs au plus.

    — Sans les meubles ?

    — Bien entendu, sans les meubles… Je les ferai emballer et revenir ici par la petite vitesse.

    — Parfait, conclut M. Lambois qui rapprocha sa chaise du poêle à la porte chatière duquel il tendit péniblement son pied droit gonflé de goutte.

    Maître Le Ponsart humait un petit verre. Il retint le cognac, en sifflant entre ses lèvres qu’il plissa de même qu’une rosette.

    — Fameux, dit-il, c’est toujours le vieux cognac qui vient de l’oncle ?

    — Oui, l’on n’en boit pas de pareil à Paris, fit d’un ton catégorique M. Lambois.

    — Certes !

    — Mais voyons, reprit le notaire, bien que mon siège soit fait, comme on ne saurait s’entourer de trop de précautions, récapitulons, avant mon départ pour la capitale, les renseignements que nous possédons sur le compte de la donzelle.

    Nous disons que ses antécédents sont inconnus, que nous ignorons à la suite de quels incidents votre fils s’est épris d’elle, qu’elle est sans éducation aucune ; — cela ressort clairement de l’écriture et du style de la lettre qu’elle vous a adressée et à laquelle, suivant mon avis, vous avez eu raison de ne pas répondre ; — tout cela est peu de chose, en somme.

    — Et c’est tout ; je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà raconté ; quand le médecin m’a écrit que Jules était très malade, j’ai pris le train, suis arrivé à Paris, ai trouvé la drôlesse installée chez monsieur mon fils et le soignant. Jules m’a assuré que cette fille était employée chez lui, en qualité de bonne. Je n’en ai pas cru un traître mot, mais, pour obéir aux prescriptions du médecin qui m’ordonnait de ne pas contrarier le malade, j’ai consenti à me taire et, comme la fièvre typhoïde s’aggravait malheureusement d’heure en heure, je suis resté là, subissant jusqu’au dénouement la présence de cette fausse bonne. Elle s’est d’ailleurs montrée convenable, je dois lui rendre cette justice ; puis le transfert du corps de mon pauvre Jules a eu lieu sans retard, vous le savez. Absorbé par des achats, par des courses, je n’ai plus eu l’occasion de la voir et je n’avais même plus entendu parler d’elle, lorsqu’est arrivée cette lettre où elle se déclare enceinte et me demande, en grâce, un peu d’argent.

    — Préludes du chantage, fit le notaire, après un silence. — Et comment est-elle, en tant que femme ?

    — C’est une grande et belle fille, une brune avec des yeux fauves et des dents droites ; elle parle peu, me fait l’effet, avec son air ingénu et réservé, d’une personne experte et dangereuse ; j’ai peur que vous n’ayez affaire à forte partie, Maître Le Ponsart.

    — Bah, bah, il faudrait que la poulette ait de fières quenottes pour croquer un vieux renard tel que moi ; puis, j’ai encore à Paris un camarade qui est commissaire de police et qui pourrait, au besoin, m’aider ; allez, si rusée qu’elle puisse être, j’ai plusieurs tours dans mon sac et je me charge de la mater si elle regimbe ; dans trois jours l’expédition sera terminée, je serais de retour et vous réclamerai, comme honoraires de mes bons soins, un nouveau verre de ce vieux cognac.

    — Et nous le boirons de bon cœur, celui-là ! s’écria M. Lambois qui oublia momentanément sa goutte.

    — Ah ! le petit nigaud, reprit-il, parlant de son fils. Dire qu’il ne m’avait point jusqu’alors donné de tablature. Il travaillait consciencieusement son droit, passait ses examens, vivait même un peu trop en ours et en sauvage, sans amis, sans camarades. Jamais, au grand jamais, il n’avait contracté de dettes et, tout à coup, le voilà qui se laisse engluer par une femme qu’il a pêchée où ? je me le demande.

    — C’est dans l’ordre des choses : les enfants trop sages finissent mal, proféra le notaire qui s’était mis debout devant le poêle et, relevant les basques de son habit, se chauffait les jambes.

    En effet, continua-t-il, le jour où ils aperçoivent une femme qui leur semble moins effrontée et plus douce que les autres, ils s’imaginent avoir trouvé la pie au nid, et va te faire fiche ! la première venue les dindonne tant qu’il lui plaît, et cela quand même elle serait bête comme une oie et malhabile !

    — Vous aurez beau dire, répliqua M. Lambois, Jules n’était cependant pas un garçon à se laisser dominer de la sorte.

    — Dame, conclut philosophiquement le notaire, maintenant que nous avons pris de l’âge, nous ne comprenons plus comment les jeunes se laissent si facilement enjôler par les cotillons, mais lorsqu’on se reporte au temps où l’on était plus ingambe, ah ! les jupes nous tournaient aussi la tête. Vous qui parlez, vous n’avez pas toujours laissé votre part aux autres, hein ? mon vieux Lambois.

    — Parbleu ! — Jusqu’à notre mariage, nous nous sommes amusés ainsi que tout le monde, mais enfin, ni vous, ni moi, n’avons été assez godiches pour tomber — lâchons le mot — dans le concubinage.

    — Évidemment.

    Ils se sourirent ; des bouffĂ©es de jeunesse leur revenaient, mettant une bulle de salive sur les lèvres goulues de M. Lambois et une Ă©tincelle dans l’Ĺ“il en Ă©tain du vieux notaire ; ils avaient bien dĂ®nĂ©, bu d’un ancien vin de Riceys, un peu dĂ©pouillĂ©, couleur de violette ; dans la tiĂ©deur de la pièce close, leurs crânes s’empourpraient aux places demeurĂ©es vides, leurs lèvres se mouillaient, excitĂ©es par cette entrĂ©e de la femme qui apparaissait maintenant qu’ils pouvaient se dĂ©sangler, sans tĂ©moins, Ă  l’aise. Peu Ă  peu, ils se lancèrent, se rĂ©pĂ©tant pour la vingtième fois leur goĂ»t, en fait de femmes.

    Elles ne valaient aux sens de Maître Le Ponsart que boulottes et courtes et très richement mises. M. Lambois les préférait grandes, un peu maigres, sans atours rares ; il était avant tout pour la distinction.

    — Eh ! la distinction n’a rien Ă  voir lĂ -dedans, le chic parisien, oui, disait le notaire dont l’Ĺ“il s’allumait de flammèches ; ce qui importe, avant tout, c’est de ne pas avoir au lit une planche.

    Et il allait probablement exposer ses théories sensuelles quand un coucou sonnant bruyamment l’heure, au-dessus de la porte, l’arrêta net. Diable ! fit-il, dix heures ! il est temps que je regagne mes pénates si je veux être levé assez tôt demain pour prendre le premier train. Il endossa son paletot ; l’atmosphère plus fraîche de l’antichambre refroidit l’ardeur de leurs souvenirs. Les deux hommes se serrèrent la main, soucieux, sentant, maintenant que les visions de femmes s’étaient évanouies, leur haine s’accroître contre cette inconnue qu’ils voulaient combattre, pensant qu’elle leur disputerait chaudement une succession à laquelle ce monument de justice qu’il révéraient, à l’égal d’un tabernacle, le Code, leur donnait droit.

    (Un dilemme, Joris-Karl Huysmans, chapitre I)


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    Citations célèbres, Litterature

    « De l’esprit des lois » de Montesquieu, l’homme et le pouvoir ?

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  • « Tout homme qui a du pouvoir est portĂ© Ă  en abuser. Il faut donc que, par la disposition des choses, le pouvoir arrĂŞte le pouvoir. »

    Citation extraite de « De l’esprit des lois » (1748) de Montesquieu.


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    Litterature

    Les chants de Maldoror de Lautréamont, extrait chant 1 ?

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  • A A A
  • Un jour, avec des yeux vitreux, ma mère me dit: “Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi dans ta couverture, ne tourne pas en dĂ©rision ce qu’ils font: ils ont soif insatiable de l’infini, comme toi, comme moi, comme le reste des humains, Ă  la figure pâle et longue. MĂŞme, je te permets de te mettre devant la fenĂŞtre pour contempler ce spectacle, qui est assez sublime.” Depuis ce temps, je respecte le voeu de la morte. Moi, comme les chiens, j’Ă©prouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin!

    Extrait Chant 1- Les chants de Maldoror (1869)
    Isidore Ducasse,
    Comte de Lautréamont


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    Litterature

    « De l’esclavage des nègres » de Montesquieu ?

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  • A A A
  • Si j’avais Ă  soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
    Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.
    Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
    Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre.
    On ne peut se mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être très sage ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir,
    Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée.
    On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
    Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.
    Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
    De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?

    L’Esprit des lois (chapitre V, Livre XI), Montesquieu (1748)


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