Alceste à bicyclette ?

Une variation sur le Misanthrope de Molière,
orchestrée par Philippe Le Guay.

Lequel est le pessimiste:
Alceste ou Philinte ?
Fabrice Luchini ou Lambert Wilson ?

 

Sur quelque préférence une estime se fonde,
Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde.

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=uLLS7n2GBnQ]




Couvrez ce sein que je ne saurais voir…

TARTUFFE

Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

DORINE

Vous êtes donc bien tendre à la tentation ;
Et la chair sur vos sens fait grande impression !
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :
Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte :
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.

— Molière, Tartuffe, acte III, scène II, vers 858-868

(Iconographie: Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, détail, musée du Louvre)




L’hypocrisie selon Don Juan ?

L’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus.

(Molière, Dom Juan, acte V, scène 2)




La fin de Dom Juan, vue par Molière ?

Dom Juan était-il aveugle au moment de mourir ?
Est-il mort d’une crise cardiaque ?
Souffrait-il de syphilis, le « mal français » ?
Molière s’est-il inspiré de François-Jacques d’Amboise d’Aubijoux, son protecteur, amant de Ninon de Lanclos, mort de syphilis en 1656, pour donner une couleur médicale à la destinée de Dom Juan ?
Pas impossible de la part de l’auteur du Médecin malgré lui

La Statue, Dom Juan, Sganarelle.

La Statue
Arrêtez, Dom Juan : vous m’avez hier donné parole de venir manger avec moi.

Dom Juan
Oui. Où faut-il aller ?

La Statue
Donnez-moi la main.

Dom Juan
La voilà.

La Statue
Dom Juan, l’endurcissement au péché traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que l’on renvoie ouvrent un chemin à sa foudre.

Dom Juan
Ô Ciel ! que sens-je ? Un feu invisible me brûle, je n’en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !

Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s’ouvre et l’abîme ; et il sort de grands feux de l’endroit où il est tombé.

Sganarelle
Ah ! mes gages ! mes gages ! Voilà par sa mort un chacun satisfait: Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content. Il n’y a que moi seul de malheureux. Mes gages ! Mes gages ! Mes gages !

(Dom Juan ou le Festin de pierre, Molière, 1665)






Le médecin de Molière ?

Le crédit qu’il avait auprès du roi paraît assez par le canonicat qu’il obtint pour le fils de son médecin.

Ce médecin s’appelait Mauvilain.

Tout le monde sait qu’étant un jour au dîner du roi :
— Vous avez un médecin, dit le roi à Molière, que vous fait-il ?
— Sire, répondit Molière, Nous causons ensemble ; il m’ordonne des remèdes, je ne les fais point, et je guéris.

(Voltaire, Vie de Molière)




Le Misanthrope, Molière, acte V, scène 4 ?

Alceste.
Oui, je veux bien, perfide, oublier vos forfaits ;
j’en saurai, dans mon âme, excuser tous les traits,
et me les couvrirai du nom d’ une foiblesse
où le vice du temps porte votre jeunesse,
pourvu que votre coeur veuille donner les mains
au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains,
et que dans mon désert, où j’ai fait voeu de vivre,
vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre :
c’est par là seulement que, dans tous les esprits,
vous pouvez réparer le mal de vos écrits,
et qu’après cet éclat, qu’un noble coeur abhorre,
il peut m’être permis de vous aimer encore.

Célimène.
Moi, renoncer au monde avant que de vieillir,
et dans votre désert aller m’ensevelir !

Alceste.
Et s’il faut qu’à mes feux votre flamme réponde,
que vous doit importer tout le reste du monde ?
Vos desirs avec moi ne sont-ils pas contents ?

Célimène.
La solitude effraye une âme de vingt ans :
je ne sens point la mienne assez grande, assez forte,
pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte.
Si le don de ma main peut contenter vos voeux,
je pourrai me résoudre à serrer de tels noeuds ;
et l’ hymen…

Alceste.
Non : mon coeur à présent vous déteste,
et ce refus lui seul fait plus que tout le reste.
Puisque vous n’êtes point, en des liens si doux,
pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous,
allez, je vous refuse, et ce sensible outrage
de vos indignes fers pour jamais me dégage.

Extrait de l’acte V, scène 4




Les mots-clefs de la culture française

Le baromètre Cocorico! de la culture française sur Internet, remis à jour toutes les semaines.




Une soirée perdue ?

J’étais seul, l’autre soir, au Théâtre Français,
Ou presque seul ; l’auteur n’avait pas grand succès.
Ce n’était que Molière, et nous savons de reste
Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,
Ignora le bel art de chatouiller l’esprit
Et de servir à point un dénoûment bien cuit.
Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode
Où l’intrigue, enlacée et roulée en feston,
Tourne comme un rébus autour d’un mirliton.

(Alfred de Musset)




Vivre pour manger

VALÈRE: Apprenez, maître Jacques, vous et vos pareils, que c’est un coupe-gorge qu’une table remplie de trop de viandes; que pour se bien montrer ami de ceux que l’on invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu’on donne; et que, suivant le dire d’un ancien, il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.

HARPAGON: Ah! que cela est bien dit! Approche, que je t’embrasse pour ce mot. Voilà la plus belle sentence que j’aie entendue de ma vie. Il faut vivre pour manger, et non pas manger pour vi. Non, ce n’est pas cela. Comment est-ce que tu dis?

VALÈRE: Qu’il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.

HARPAGON: Oui. Entends-tu? Qui est le grand homme qui a dit cela?

VALÈRE: Je ne me souviens pas maintenant de son nom.

HARPAGON: Souviens-toi de m’écrire ces mots: je les veux faire graver en lettres d’or sur la cheminée de ma salle.