Litterature

Le Dictionnaire des idées reçues

Sur la toile:



  • A A A
  • J’ai quelquefois des prurits atroces d’engueuler les humains et je le ferai à quelque jour, dans dix ans d’ici, dans quelque long roman à cadre large ; en attendant , une vieille idée m’est revenue, à savoir celle de mon Dictionnaire des idées reçues (sais-tu ce que c’est ?). La préface surtout m’excite fort, et de la manière dont je la conçois (ce serait tout un livre), aucune loi ne pourrait me mordre quoique j’y attaquerais tout. Ce serait la glorification historique de tout ce qu’on approuve? J’y démontrerais que les majorités ont toujours eu raison, les minorités toujours tort. J’immolerais les grands hommes à tous les imbéciles, les martyrs à tous les bourreaux, et cela dans un style poussé à outrance, à fusées. Ainsi, pour la littérature, j’établirais, ce qui serait facile, que le médiocre, étant à portée de tous, est le seul légitime et qu’il faut donc honnir toute espèce d’originalité comme dangereuse, sotte, etc. Cette apologie de la canaillerie humaine sous toutes ses faces, ironique et hurlante d’un bout à l’autre, pleine de citations, de preuves (qui prouveraient le contraire) et de textes effrayants (ce serait facile), est dans le but, dirais-je, d’en finir une fois pour toutes avec les excentricités, quelles qu’elles soient. Je rentrerais par là dans l’idée démocratique d’égalité, dans le mot de Fourier que les grands hommes deviendront inutiles ; et c’est dans ce but, dirais-je que ce livre est fait. On y trouverait donc, par ordre alphabétique, sur tous les sujets possibles, tout ce qu’il faut dire en société pour être un homme convenable et aimable.
    Ainsi on trouverait :
    ARTISTES : sont tous désintéressés.
    LANGOUSTE : femelle du homard.
    FRANCE : veut un bras de fer pour être régie.
    BOSSUET : est l’aigle de Meaux.
    FENELON : est le cygne de Cambrai.
    NEGRESSES : sont plus chaudes que les blanches.
    ERECTION : ne se dit qu’en parlant des monuments, etc.
    Je crois que l’ensemble serait formidable comme plomb. Il faudrait que, dans tout le cours du livre, il n’y eût pas un seul mot de mon cru, et qu’une fois qu’on l’aurait lu on n’osât plus parler, de peur de dire naturellement une des phrases qui s’y trouvent.

    Gustave Flaubert, A Louise Colet. 16 décembre 1852.


    Abc Hotel France - idées et promotions



    Pour en savoir plus...
    Le Dictionnaire des idées reçues: études
    Le Dictionnaire des idées reçues: citations
    Le Dictionnaire des idées reçues: commentaires
    Le Dictionnaire des idées reçues: expositions
    Le Dictionnaire des idées reçues: francophonie
    Le Dictionnaire des idées reçues: guides
    Le Dictionnaire des idées reçues: histoire
    Le Dictionnaire des idées reçues: identité nationale
    Le Dictionnaire des idées reçues: monuments
    Le Dictionnaire des idées reçues: musées
    Le Dictionnaire des idées reçues: photos
    Le Dictionnaire des idées reçues: spectacles


    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant ? Les Hasards heureux de l’escarpolette ? Foucault: le pouvoir liant et immobilisant, une histoire jupitérienne ? Le premier but de l’histoire de la Coupe du monde de football a été marqué par la France ? Les peintres français les plus célèbres? Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? Les 5 grands sujets du bac philo 2014 ? Paul Eluard, Liberté ? 10 actrices françaises primées au festival de Cannes ? L’esprit de géométrie et l’esprit de finesse ? L’Europe de Jean Monnet: une union de peuples dans la liberté et la diversité ? Un dilemme, Joris-Karl Huysmans,  chapitre VI ? Un dilemme, Joris-Karl Huysmans, chapitre V ? Le scandale de la télédéclaration d’impôt sur les sociétés  ? Un dilemme, Joris-Karl Huysmans, chapitre IV ?

    Balnéo, thalasso, spa ?



    RSSSubscribe via RSS