A quel âge faut-il démissionner ?

L’idéal des Français était de faire carrière dans une grande entreprise, ou mieux dans l’administration. On y trouvait son compte et la tranquillité. Mais les mentalités changent, on veut faire quelque chose de sa vie, on veut exister sur cette planète qui nous renvoie à l’essentiel, touchée qu’elle est de plein fouet par les effets de ces grosses structures qui nous nourrissaient grassement et nous promettaient des lendemains radieux, en échange d’une modique participation. Outre-Atlantique, les psychologues s’accordent à dire qu’à partir de la quarantaine il faut penser sérieusement à s’établir à son compte. Ce n’est effectivement qu’à ce prix qu’on pourra atteindre l’équilibre personnel, faire bouger la société et arrêter de se plaindre.

AG




États-Unis d’Europe ?

Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi !

Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie.

Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France.

Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées.

Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre, ce que la diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée législative est à la France.

Un jour viendra où l’on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd’hui un instrument de torture, en s’étonnant que cela ait pu être.

Victor Hugo,
Extrait du discours prononcé le 21 août 1849, à l’occasion du 3ème Congrès international de la paix de Paris.




Couvrez ce sein que je ne saurais voir…

TARTUFFE

Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

DORINE

Vous êtes donc bien tendre à la tentation ;
Et la chair sur vos sens fait grande impression !
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :
Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte :
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.

— Molière, Tartuffe, acte III, scène II, vers 858-868

(Iconographie: Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, détail, musée du Louvre)




Etre français

To be French is not the privilege of those who have French nationality. It implies knowing what France is all about: history, poetry, music, politics, culture.

Il ne suffit pas pour être français d’être de nationalité française. Nombreux sont ceux qui dans le monde se disent français sans avoir besoin d’être inscrits sur nos listes électorales. Moins certainement qu’à l’époque où les artistes du monde entier, tels Franz Liszt ou Rossini, choisissaient la France comme terre d’élection. Mais encore et toujours et partout l’on trouve des hommes et des femmes qui adhèrent à notre langue, notre histoire, notre culture. Et celle-ci ne se réduit certainement pas à la période récente, marquée par les sports de masse et les conflits sociaux. Une partie de ce dénominateur commun qui lie les Français du monde entier a été rassemblé dans un livre, à lire et à réapprendre: ce qu’il faut savoir pour être français…




France Télécom: The Insolence of Office

old-telephone.jpgA l’orée du XXIe siècle, en Europe le risque ne semble plus venir des états et des administrations, mais des groupes et des grandes sociétés, beaucoup plus puissants, alors que l’artisanat et les petites entreprises cherchent encore un soutien et une valorisation suffisants. Une petite anecdote montre que le « plus froid des monstres froids » de Nietzsche est maintenant délocalisé et qu’il n’a même plus besoin de proférer le mensonge: « je suis le peuple« . France Télécom propose de nouveaux packages intégrant téléphonie et Internet, thanks to la concurrence. Un abonné de plus de 50 ans décide de changer de contrat. Mais France Télécom oublie d’interrompre l’ancien, qui court et au bout du compte est résilié. Résultat: plus de numéro. Solution: il faut 15 jours pour reconstruire… un autre numéro. Impossible de retrouver techniquement l’ancien. Adieu pour les contacts de toute une vie! Monsieur, je vous comprends, mais je ne suis pas responsable… Kafka n’est pas loin.




Gestation pour autrui

interditsdenfants.jpgIsa et Léa sont les premiers enfants issus de la gestation pour autrui reconnus par la justice française: au nom de l’intérêt supérieur des enfants, la cour d’appel de Paris a accepté de leur donner un état civil. Cette décision, qui a fait l’objet d’un pourvoi en cassation, a clos une aventure de neuf ans que les parents racontent dans Interdits d’enfants (éditions Michalon). En effet, en octobre 2007, la justice française a reconnu que Sylvie et Dominique Mennesson, un couple qui en 2000 avait eu des jumelles grâce à une mère porteuse de Californie (où la méthode est légale), étaient bien les « parents » des petites. Depuis cette victoire historique, sur laquelle la Cour de cassation rendra un arrêt fin juin, Sylvie et Dominique sont allés plaider à l’Académie de médecine, et au Sénat, le 10 juin, devant l’office parlementaire chargé de réfléchir à l’évolution des lois bioéthiques. C’est le seul couple à témoigner à visage découvert sur cette question. A leur retour en France, il y a sept ans, ils ont été accusés « d’enlèvements d’enfants » et d’ »adoption frauduleuse ». Aujourd’hui, les Mennesson ont enfin obtenu un livret de famille, mais ils militent pour la légalisation de la gestation pour autrui. Une affaire à suivre…

Si vous voulez en savoir plus, allez sur le site de l’association des auteurs, C.L.A.R.A.




La France, la liberté, et le libéralisme ?

Les Français, qui sont porteurs de l’esprit de liberté face au monde entier, semblent paradoxalement avoir du mal à adopter le mot libéralisme. Celui-ci est pourtant lié à la notion de liberté individuelle qui a conduit des individus et des familles entières à quitter la France après la révocation de l’Edit de Nantes (le 18 octobre 1685), pour protester contre l’emprise du pouvoir politique sur l’être humain, enrichissant de facto l’Angleterre, l’Amérique, les Pays-Bas, la Prusse. Charles de Gaulle a accentué cette tendance en voulant reconstruire une image forte de la France sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale. Pour y parvenir, il a conforté l’Etat, ses institutions, son administration. C’est la Ve République et ses relents un tantinet has been. A l’orée du XXIe siècle, une nouvelle génération s’évade de nouveau à Londres, à New York, à Genève, à Berlin, pour y respirer l’air de la liberté. Il faudra bien entamer un processus inverse de désétatisation et commencer à libéraliser le pays, au grand dam de syndicats peu représentatifs. L’enjeu est de se donner les moyens de s’adapter à un monde nouveau qui ne véhicule pas uniquement le danger mais la curiosité. Cela se fera, qu’on le veuille ou non.

AG

(Iconographie: Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau)




La Grande Illusion ?

Dans une des scènes les plus célèbres de La Grande illusion (Jean Renoir, 1937), le capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay) et le commandant von Rauffenstein (Erich von Stroheim) constatent, impuissants, la fin de leur monde.




La petite histoire de la cellulite des Françaises

Les vacances approchant, on pense inévitablement à l’effet que produira son corps dénudé devant les autres et l’on se rappelle de ce mot que l’on a oublié pendant tout l’hiver: cellulite. Il est bien français, ce mot, il évoque ces belles d’un temps révolu dont la grâce était proportionnelle aux rondeurs et qui ne dévoilaient leurs charmes que dans les alcôves. Et ce sont bien des Français qui l’utilisent pour la première fois, dans les années 1920, pour stigmatiser cette peau d’orange dont on ne veut plus sur ces nouvelles femmes androgynes qui s’émancipent et se dénudent. L’époque contemporaine va maintenant jusqu’à utiliser la chirurgie pour se débarasser de la diabolique culotte de cheval. Préférons plutôt la natation, l’alimentation équilibrée, les tisanes et bien sûr, le massage qui nous permettra en définitive de retrouver les plaisirs capiteux d’antan.

La Grande Odalisque, Jean Auguste Dominique Ingres, Musée du Louvre.

Des vacances bien-être? Thalasso




Laeticia, un coeur qui s’écoeure ?

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.

— Paul Verlaine
(cité à propos de la succession de Johnny Hallyday, contestée par ses enfants, et l’«écœurement» de Laeticia Hallyday, leur belle-mère)




Les mots-clefs de la culture française

Le baromètre Cocorico! de la culture française sur Internet, remis à jour toutes les semaines.




Mais que s’est-il passé depuis l’époque de Louis Carré ?

En visitant la maison Louis Carré, conçue par le célèbre architecte finlandais Alvar Aalto en 1959 à Bazoches-sur-Guyonne, face à la maison de Jean Monnet, on ouvre la boîte de Pandore des années soixante et on se prend un peu de nostalgie, que l’on ait vécu cette période ou non, pour le temps de la Beatlemania et de Blow-up (1966). Il se dissipait à l’époque un vent de liberté et d’espoir que l’on a du mal à retrouver aujourd’hui, malgré l’avènement de la civilisation de l’information, de la virtualité.

Que s’est-il passé ?

Pas grand chose en réalité, et c’est peut-être pourquoi nous connaissons une crise profonde, qui ne touche pas simplement le secteur financier, mais tout l’équilibre écologique planétaire, et jusqu’à notre façon d’envisager l’avenir, c’est une crise psychologique. Les rêves de la science-fiction des années 50-60 pour le nouveau millénaire ne se sont pas réalisés: nos routes sont toujours truffées d’automobiles polluantes, et encore, beaucoup moins belles qu’à l’époque. La mémoire collective se dissout dans le stress de manquer d’argent: ce n’est pas la vision romantique de Star Trek (1966) qui prévaut, mais plutôt celle, angoissante, de Fahrenheit 451 (François Truffaut, 1966).

Le pétrole a retardé le progrès de cinquante ans. Nikola Tesla, le génial inventeur de l’électricité alternative, l’avait anticipé. En ce qui concerne la finance, cette fuite en avant suicidaire si elle n’est pas au service du progrès, elle se termine toujours par une nouvelle répartition, rien ne se perd rien ne se crée: les spéculateurs ont toujours existé, ce qui a changé, c’est qu’ils sont maintemant admirés, puisque l’argent est devenu la seule vérité à laquelle l’on puisse se raccrocher, et que la nouvelle élite n’a plus ni panache, ni culture.

Comment en sortir ?

En retrouvant le fil interrompu à la fin des années soixante : le plaisir du travail, de la famille, de la culture commune, de la fête, du rêve. En reconstruisant ensemble une société qui aspire au lendemain. Et cela devrait être plus facile dans nos villages d’Europe, comme celui (Bazoches-sur-Guyonne) qui avait été choisi par le galeriste Louis Carré et le père de l’Europe Jean Monnet,  que dans ces métropoles futuristes qui tardent à se construire, et dont peut-être nous ne voulons plus.

AG