Sélection, Sport

Le premier but de l’histoire de la Coupe du monde de football a été marqué par la France ?

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  • A A A
  • 1930, en Uruguay: 1er but marqué par la France.
    1958, en Suède:  3e place pour la France.
    1982, en Espagne: 4e place pour la France.
    1986, au Mexique: 3e place pour la France.
    1998, en France: la France vainqueur de la Coupe du monde.
    2006, en Allemagne: finaliste de la Coupe du monde, face à l’Italie.

    Quand j’ai marqué ce but, j’ai eu une joie simple, celle d’un buteur normal avec ses coéquipiers. On a dû tout juste s’embrasser ou se taper dans la main avant de reprendre le jeu. Sur le coup, je ne me suis même pas posé la question de savoir si c’était le premier but du Mondial. Je n’ai pas réalisé.

    (Lucien Laurent, premier buteur de l’histoire de la Coupe du monde, en 1930)


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    Education, Sélection

    Les 5 grands sujets du bac philo 2014 ?

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  • A A A
  • L’artiste est-il maître de son oeuvre ?
    Suffit-il d’avoir le choix pour être libre ?
    Doit-on tout faire pour être heureux ?
    Les œuvres éduquent-elles notre perception ?
    Pourquoi chercher à se connaître soi-même ?


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    Cinéma, Sélection

    10 actrices françaises primées au festival de Cannes ?


  • A A A
  • 1946: Michèle Morgan dans La Symphonie pastorale de Jean Delannoy
    1959: Simone Signoret dans Les Chemins de la haute ville (Room at the Top) de Jack Clayton
    1960: Jeanne Moreau dans Moderato cantabile de Peter Brook
    1980: Anouk Aimée dans Le Saut dans le vide (Salto nel vuoto) de Marco Bellocchio
    1981: Isabelle Adjani dans Quartet de James Ivory et dans Possession d’Andrzej Zulawski
    1991: Irène Jacob dans La Double Vie de Véronique de Krzysztof Kieślowski
    2001: Isabelle Huppert dans La Pianiste (Die Klavierspielerin) de Michael Haneke
    2009: Charlotte Gainsbourg dans Antichrist de Lars von Trier
    2010: Juliette Binoche dans Copie conforme d’Abbas Kiarostami
    2013: Bérénice Bejo dans Le Passé de Asghar Farhadi

    (liste non limitative)


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    Litterature, Nouvelle, Sélection

    Un dilemme, Joris-Karl Huysmans, chapitre VI ?

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  • A A A
  • Huit jours après le retour de Maître Le Ponsart à Beauchamp, M. Lambois se promenait dans son salon, en consultant d’un air inquiet la pendule.

    Enfin ! dit-il, entendant un coup de sonnette, et il se précipita dans le vestibule où, plus placide que jamais, le notaire accrochait son paletot à une tête de cerf.

    — Ah ça, voyons, qu’est-ce qu’il y a ? dit-il, en suivant M. Lambois dans le salon où une table de whist était prête.

    — Il y a que j’ai reçu une lettre de Paris, relative à cette fille !

    — Ce n’est que cela, fit Maître Le Ponsart dont la bouche se plissa, dédaigneuse ; je croyais qu’il s’agissait de faits plus graves.

    Cette assurance allégea visiblement M. Lambois.

    — Lisons cette lettre avant que ces messieurs n’arrivent, reprit le notaire, en regardant de côté les quatre chaises symétriquement rangées devant la table.

    Il chaussa ses lunettes, s’assit près d’un flambeau de jeu et il tenta de déchiffrer un griffonnage écrit avec une encre aquatique, très claire, sur un papier très glacé, qui buvait par places.

    Monsieur,

    « J’ose prendre la liberté d’écrire à votre bon cœur, en vous suppliant de vouloir bien prendre part à ma situation. Depuis que Monsieur Ponsart est venu et a emporté les meubles, Sophie qui n’avait plus un endroit pour reposer sa tête a été recueillie chez moi, comme l’enfant de la maison ; et elle en était digne, Monsieur, par son bon cœur, bien que Monsieur Ponsart ne lui ait pas rendu la justice qu’elle croyait, mais tout le monde ne peut pas être louis d’or et plaire à tout le monde…

    — Quel style ! s’exclama le notaire. Mais sautons cet inutile verbiage et arrivons au fait ! Ah ! nous y voilà !

    « Sophie a eu une fausse couche bien malheureuse ; elle était dans l’arrière-boutique où que je prépare mes petites affaires pour que la boutique où l’on entre soit toujours propre, quand elle été prise de douleurs ; Madame Dauriatte…

    — Qui est-ce, Madame Dauriatte ? demanda M. Lambois.

    Le notaire fit signe qu’il ignorait jusqu’au nom de cette dame et poursuivit :

    « Madame Dauriatte n’a pas cru d’abord qu’il y allait avoir une fausse couche ; elle pensait que le coup d’avoir été chassée par Monsieur Ponsart lui avait tourné les sangs et elle est allée chez l’herboriste chercher du sureau pour l’échauder et faire respirer à Sophie la fumée, qui enléverait l’eau qu’elle devait avoir dans la tête. Mais les douleurs étaient dans le ventre et elle souffrait tant qu’elle criait à étrangler ; alors, j’ai été prise de peur et j’ai couru à la rue des Canettes chez une sage-femme que j’ai ramenée et qui a dit que c’était une fausse couche. Elle a demandé si elle avait tombé ou si elle avait bu de l’absinthe ou de l’armoise ; je lui ai dit que non, mais qu’elle avait eu une grosse peine…

    — Au fait ! passons ce fatras, dit M. Lambois impatienté ; nous n’en sortirons pas avant l’arrivée des amis et il est inutile de les mettre au courant de cette sotte affaire.

    Maître Le Ponsart sauta toute une page et reprit :

    — « Elle est morte, comme cela, et l’enfant ne vaut pas mieux ; alors comme j’avais mis ma croix de cou et mes boucles d’oreilles en gage, j’ai payé la pharmacie et la sage-femme, mais je n’ai plus d’argent et Madame Dauriatte non plus, car elle n’en a jamais.

    « Aussi, je vous supplie à deux genoux, mon bon Monsieur, de ne pas m’abandonner, je vous prie qu’elle ne soit pas dans la fosse commune comme un pauvre chien. Monsieur Jules qui l’aimait tant pleurerait à la savoir si malheureuse ; je vous prie, envoyez-moi l’argent pour l’enterrer.

    « En comptant sur votre générosité… Bon et et caetera, dit le notaire — et c’est signé : Veuve Champagne. »

    M. Lambois et Maître Le Ponsart se regardèrent ; puis, sans dire mot, le notaire haussa les épaules, s’approcha de la cheminée, activa les flammes, plaça la lettre de Madame Champagne au bout des pincettes et, tranquillement, la regarda brûler.

    — Classée, comme n’étant susceptible d’aucune suite, dit-il, en se redressant et en remettant les pincettes en place.

    — C’est trois sous de timbre qu’elle a bien inutilement dépensés, remarqua M. Lambois que la placidité de son beau-père achevait de rassurer.

    — Enfin, reprit Maître Le Ponsart, cette mort clôt le débat. Et d’un ton indulgent, il ajouta :

    — En bonne conscience, nous ne pouvons plus lui en vouloir à la pauvre fille, malgré tout le tintouin qu’elle nous a donné.

    — Non, certes, aucun de nous ne voudrait la mort du pêcheur. Et, après un temps de silence, M. Lambois insinua : Cependant il faut avouer que notre bienveillance, pour son souvenir, est peut-être entachée d’égoïsme, car enfin, si nous n’avons plus rien à craindre de cette fille, qui sait si, au cas où elle eût vécu, elle n’aurait pas de nouveau jeté le grappin sur un fils de famille ou semé la zizanie dans un ménage.

    — Oh ! à coup sûr, répondit Maître Le Ponsart la mort de cette femme n’est pas bien regrettable ; mais, vous savez, pour le malheur des honnêtes gens, après celle-là, une autre ; une de perdue…

    — Dix de retrouvées, ajouta M. Lambois, et il compléta cette oraison funèbre, par un hochement attristé de la tête.


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    Litterature, Nouvelle, Sélection

    Un dilemme, Joris-Karl Huysmans, chapitre V ?

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  • A A A
  • A son âge ! — Avoir été la dupe d’une fille racolée chez Peters ! Maître Le Ponsart regrettait sa méprise, cette poussée incompréhensible, ce mouvement irraisonné qui l’avait, en quelque sorte, forcé à offrir des consommations à cette femme et à l’accompagner jusque chez elle.

    Il n’avait pourtant eu la tête égayée par aucun vin ; cette drôlesse était venue se placer à sa table, avait causé avec lui de choses et autres, non sans qu’il l’eût loyalement prévenue qu’elle perdait son temps ; puis des messieurs étaient entrés qui l’avaient saluée et auxquels elle avait tendu la main et parlé bas. De ce fait sans importance était peut-être issue, souterrainement, l’instinctive résolution de la posséder, peut-être y avait-il eu là une question de préséance, un entêtement d’homme arrivé le premier et tenant à conserver sa place, un certain dépit de se trouver en concurrence avec des gens plus jeunes, un certain amour-propre de vieux barbon sollicitant de la fille, à prix même supérieur, une quasi-préférence ; — mais non, rien de tout cela n’était vrai ; il y avait eu une impulsion irrésistible, un agissement indépendant de sa volonté, car il n’était féru d’aucun désir charnel et le physique même de cette femme ne répondait à aucun de ses souhaits ; d’autre part, le temps était sec et froid, et Maître Le Ponsart ne pouvait invoquer à l’appui de sa lâcheté l’influence de ces chaleurs lourdes ou de ces ciels mous et pluvieux qui énervent l’homme et le livrent presque sans défense aux femmes en chasse. Tout bien considéré, cette aventure demeurait incompréhensible.

    En voiture, le long du chemin, il se disait qu’il était ridicule, que cette rencontre était niaise, fertile en carottes et en déboires ; et il se sentait sans force pour quitter cette fille qu’il suivait machinalement, mu par ce bizarre sortilège que connaissent les gens attardés, le soir, et qu’aucune psychologie n’explique.

    Il s’était même retourné l’épingle dans la plaie, se répétant : « Si l’on me voyait ! j’ai l’air d’un vieux polisson ! » — murmurant, tandis qu’il payait le cocher et que la femme sonnait à sa porte : « Voilà l’ennui qui commence ; elle va me proposer de me tenir par la main pour que je ne me casse pas le cou dans l’obscurité sur les marches et, une fois dans la chambre, la mendicité commencera ! Bon Dieu ! faut-il que je sois bête ! » — Et il était quand même monté et tout s’était passé ainsi qu’il l’avait prévu.

    Il avait cependant éprouvé un certain dédommagement des tristesses conçues d’avance. Le logis était meublé avec un luxe dont le mauvais goût lui échappait. La cheminée enveloppée de rideaux en faux brocart, les chenets à boules fleurdelysées, la pendule et les appliques en jeune cuivre, munies de bougies roses que la chaleur avait courbées, les divans recouverts de guipures au crochet, le mobilier en thuya et palissandre, le lit debout dans la chambre à coucher, les consoles parées de marmousets en faux saxe, de verreries de foire, de statuettes de Grévin, lui semblèrent déceler une apéritive élégance et un langoureux confort. Il regarda complaisamment la pendule arrêtée pendant que la femme se débarrassait de son chapeau.

    Elle se tourna vers lui et parla d’affaires.

    Le notaire tressaillit, lâchant, un à un, des louis que la praticienne lui extirpait tranquillement par d’insinuants et d’impérieux appels, se consolant un peu de sa faiblesse de vieillard assis tardivement chez une fille, par la vue du corsage qu’il jugeait rigide et tiède et des bas de soie rouges qui lui paraissaient crépiter, aux lueurs des bougies, sur des mollets pleins et des cuisses fermes.

    Afin d’accélérer la vendange de sa bourse, la femme se campa sur ses genoux.

    — Je suis lourde, hein ?

    Bien que ses jambes pliassent, il affirma poliment le contraire, s’efforçant de se persuader, du reste, pour s’égayer, que cette pesanteur ne pouvait être attribuée qu’aux solides et copieuses charnures qu’il épiait, mais plus que cette perspective de pouvoir les brasser, tout à l’heure, à l’aise, le calcul de ses déboursés, la constatation raisonnée de sa sottise et l’inexplicable impossibilité de s’y soustraire, le dominaient et finissaient par le glacer.

    Avec cela, la femme devenait insatiable ; sous la problématique assurance d’idéales caresses, elle insistait de nouveau pour qu’il ajoutât un louis à ceux qu’il avait déjà cédés. La niaiserie même de ses propos de ses noms d’amitié de « mon gros loulou », de « mon chéri », de « mon petit homme », achevait de consterner le vieillard engourdi, dont la lucidité doutait de la véracité de cette promesse qui accompagnait les réquisitions : « Voyons, laisse-toi faire, je serai bien gentille, tu verras que tu seras content. »

    De guerre lasse, convaincu que les imminents plaisirs qu’elle annonçait seraient des plus médiocres, il souhaitait ardemment qu’ils fussent consommés pour prendre la fuite.

    Ce désir acheva de vaincre sa résistance et il se laissa complètement dépouiller.

    Alors, elle l’invita à enlever son pardessus, à se mettre à l’aise. Elle-même se déshabillait, enlevant ceux de ses vêtements qu’elle eût pu froisser. Il s’approcha, mais hélas ! cet embonpoint qui l’avait un peu désaffligé était à la fois factice et blet ! — Elle aggrava cette dernière désillusion par tout ce qu’une femme peut apporter de mauvaise grâce au lit, prétendant se désintéresser de ses préférences, lui repoussant la tête, grognant : Non, laisse, tu me fatigues : puis, alors qu’il s’agissait de lui, répondant avec une moue méprisante et sèche : « Qu’il s’était trompé s’il l’avait prise pour une femme à ça. »

    Il poussa un soupir d’allègement en gagnant la porte. Ah ! pour avoir été volé, il avait été bien volé ! — Et le sang lui empourprait la face, alors qu’il se rappelait les détails grincheux de cette scène.

    Puis, cet argent si malencontreusement extorqué l’étouffait. Il arrivait à se représenter les choses utiles qu’il aurait pu se procurer avec la même somme.

    Il méditait cette réflexion stérile des gens grugés : qu’on se prive d’acheter un objet plaisant ou commode par économie, alors qu’on n’hésite pas à dépenser le prix qu’eût coûté cet objet, dans un intérêt infructueux et bête.

    — Ah ! toi…, je te conseille de filer doux, conclut-il, songeant à la maîtresse de son petit-fils, confondant dans une même réprobation les deux femmes.

    Il sourit pourtant, car il était certain de juguler Sophie Mouveau, d’exercer impunément des représailles, de se venger sur elle des déboires infligés par la cupidité de son sexe. Le propriétaire, enchanté de rentrer en possession immédiate de son logement, s’était, — après avoir, du reste, en sa qualité de père de famille, exprimé quelques idées sans imprévu sur les dangers du libertinage et de la profonde corruption du siècle, — montré tout disposé à seconder le notaire dans ses entreprises, et le concierge s’était respectueusement incliné, alors que Maître Le Ponsart lui avait exhibé l’ordre de laisser déménager les meubles, d’aider au besoin à l’expulsion de la femme et de garder la clef ; deux pièces de cent sous glissées dans la main, avaient même amolli sa mine et détendu la rigidité luthérienne de son port. Trente-trois francs soixante-quinze et dix francs font quarante-trois francs soixante-quinze, pensait le notaire ; c’est bien le chiffre que j’ai annoncé à mon vieux Lambois, une cinquantaine de francs au plus.

    Toutes ses précautions étaient prises : les déménageurs devaient se trouver à midi précis devant la porte, descendre le mobilier, l’expédier par chemin de fer, dans la voiture même, posée, sans roues, à plat sur un camion de marchandises, jusqu’à Beauchamp.

    Une seule question demeurait encore pendante : Sophie paraissait à Me Le Ponsart singulièrement retorse. Ce silence où elle se confinait le plus possible, ce système ininterrompu de pleurs interloquaient le notaire qui attribuait à la finesse le profond désarroi et la sottise accablée de cette fille. Il était absolument persuadé que cette larmoyante stupeur cachait une embuscade et la crainte qu’elle ne vint scandaliser Beauchamp par sa présence ne le quittait plus. Après mûre délibération, il s’était déterminé à recourir aux bons offices de son ancien ami, le commissaire de police, s’était abouché, grâce à lui, avec son collègue du VIe arrondissement, et avait obtenu qu’on menaçât tout au moins la femme des rigueurs de la justice, si elle ne consentait pas à rester tranquille.

    — Allons, il est temps d’achever la petite partie commencée et d’emballer rondement la donzelle, se dit Me Le Ponsart, en consultant sa montre. Et il s’achemina vers la rue du Four, se consolant de ses ennuis, par la pensée, qu’il prendrait le train, le soir, et rentrerait enfin dans ses pantoufles.

    Le concierge baisa presque ses propres pieds, tant il se courba, dès qu’il l’aperçut. Maître Le Ponsart monta, s’arrêta dans le couloir, et, naturellement, sans y songer, il substitua au coup poli, discret, dont il avait, la veille, toqué la porte, un coup impérieux et bref.

    Il demeura surpris quand il eût pénétré, à la suite de Sophie, dans la chambre, de rencontrer une grosse dame.

    Cette dame se souleva, esquissa une révérence et se rassit. Qu’est-ce que c’est que cela ? se dit-il, en regardant cette bedonnante personne, serrée à voler en éclats dans une robe d’un outremer atroce, sur le corsage de laquelle tombaient les trois étages d’un menton en beurre.

    En voyant les perles de corail rose qui coulaient des lobes cramoisis des oreilles et une croix de Jeannette qui pantelait sous le va-et-vient d’une océanique gorge, il pensa que cette vieille dame était une harengère, vêtue de ses habits de fête.

    Très méprisant, il détourna les yeux et les reporta sur la jeune fille ; alors il fronça le sourcil. Elle était, elle aussi, en grande toilette, parée de tous les bijoux que Jules lui avait donnés, et, ainsi pomponnée, les seins bien lignés par le corsage, les hanches bien suivies par la jupe de cachemire, elle était charmante. Malheureusement pour elle, cette beauté et ce costume qui eussent sans doute attendri le vieillard, la veille, l’irritèrent par le souvenir qu’il évoquait d’une soirée maudite. La malchance s’en mêlait ; la tenue débraillée de Sophie, qui l’avait répugné, lors de sa première visite, était la seule qui eût pu l’adoucir aujourd’hui.

    De même que, pour la première fois, ses cheveux emmêlés sur le front l’avait induit à être brutal, de même aussi sa chevelure soigneusement peignée l’incitait à être cruel.

    D’un ton dur, il lui demanda si elle était décidée à signer le reçu.

    — Mon Dieu ! Monsieur, dit la grosse dame qui intervint, permettez-moi de faire appel à votre bon cœur, comme vous voyez, la pauvre enfant est toute ébaubie de ce qui lui arrive… elle ne sait pas…, moi, je l’ai assurée que vous ne la laisseriez pas, comme ça, dans la peine. Sophie, que je lui ai dit, Monsieur Ponsart est une homme qui a reçu de l’éducation ; avec ces gens-là qui ont de la justice, tu n’as rien à craindre. Hein ? dis, c’est-il vrai que je t’ai dit cela ?

    — Pardon, Madame, fit le notaire, mais je serais heureux de savoir à qui j’ai l’honneur de parler.

    La grosse dame se leva et s’inclina.

    — Je suis madame Champagne, c’est moi qui tiens la maison de papeterie au numéro 4, M. Champagne, mon mari…

    Maître Le Ponsart lui coupa la parole d’un geste et du ton le plus sec :

    — Vous êtes sans doute parente de Mademoiselle ?

    — Non, monsieur, mais c’est tout comme ; je suis, comme qui dirait, sa mère.

    — Alors, Madame, vous n’avez rien à voir dans la question qui nous occupe, permettez-moi de vous le dire ; c’est donc à Mademoiselle seule que je continuerai d’avoir affaire. — Il tira sa montre. — Dans cinq minutes, les déménageurs seront ici, et je ne sortirai de ce logement, je vous préviens, que la clef en poche. En conséquence, je ne puis, Mademoiselle, que vous inviter à préparer un paquet des objets qui vous appartiennent et à me faire décidement connaître si, oui ou non, vous acceptez les propositions que je vous ai soumises.

    — Oh ! Monsieur ! c’est-il Dieu possible ! soupira Madame Champagne atterrée.

    Maître Le Ponsart la fixa de son œil d’étain et elle perdit son peu d’assurance. Du reste, cette femme, d’habitude si loquace et si hardie, semblait, ce matin-là, privée de ses moyens, dénuée d’audace.

    Et, en effet, l’un de ces irréparables malheurs qu’on croirait s’abattre de préférence, aux moments douloureux, sur les gens pauvres, lui était survenu, dès le lever.

    Madame Champagne possédait, en haut de la bouche, sur le devant, deux fausses dents qu’elle enlevait, chaque soir, et déposait dans un verre d’eau. Ce matin-là, elle avait commis l’imprudence de tirer ce bout de ratelier de l’eau et de le placer sur le marbre de sa table de nuit où Titi, le chien, l’avait happé, s’imaginant sans doute que c’était un os.

    La papetière s’était presque évanouie, en lui voyant broyer le vulcanite, le faux ivoire, les attaches, tout l’appareil. Depuis ce moment, elle pinçait les lèvres de peur de laisser voir les brèches de sa mâchoire, parlait en crachotant de côté, était anéantie par cette idée fixe qu’elle n’avait pas l’argent nécessaire pour combler ses trous. Cette absorbante préoccupation à laquelle se joignait la peur de montrer au notaire les créneaux pratiqués dans ses gencives paralysait ses facultés, la rendait idiote.

    La sécheresse de ce vieillard, son verbe impérieux, le mépris dans lequel il ne cessait de la tenir malgré ses frais de toilette achevèrent de la glacer, d’autant qu’elle n’avait même pas douté, un seul instant, d’un accueil sympathique, d’une discussion aimable, d’un assaut de courtoisies réciproques.

    — Vous m’avez compris, n’est-ce pas ? ajouta Maître Le Ponsart, s’adressant à Sophie interdite.

    Elle éclata en sanglots et Madame Champagne, bouleversée, oublia sa bouche, se précipita vers la jeune fille qu’elle embrassa, en la consolant avec des larmes.

    Cette explosion crispa le notaire ; mais il eut soudain un sourire de triomphe : des pas de rouliers ébranlaient enfin les marches, au dehors. Un coup de poing s’abattit sur la porte qui roula ainsi qu’un tambour.

    Le notaire ouvrit ; des déménageurs déjà ivres emplirent les pièces.

    — Tiens, dit l’un, v’la la bourgeoise qui tourne de l’œil.

    — Bien vrai, je ne sais pas si elle est pleine, fit un autre, en lui regardant le ventre, et il s’avança, l’œil gai, pour prendre dans ses bras Sophie qui s’affaissait sur une chaise.

    Madame Champagne écarta d’une geste ces pandours.

    — De l’eau ! de l’eau ! cria-t-elle, affolée, tournant sur elle-même.

    — Ne vous occupez pas de cela et dépêchons, dit Maître Le Ponsart aux hommes ; — je me charge de Mademoiselle, et pas de comédie, n’est-ce pas ? fit-il, marchant, exaspéré, sur la papetière dont il pétrit nerveusement le bras ; — allons, triez ses affaires et vite, ou moi j’emballe, au hasard, le tout, sans plus tarder.

    Et il décrocha, lui-même, des jupons et des camisoles pendus à une patère et les jeta dans un coin, tandis que Madame Champagne finissait de frotter, en pleurant les tempes de la jeune fille.

    Celle-ci revint à elle et alors, pendant que les hommes emportaient les meubles, sous l’œil vigilant du notaire qui surveillait maintenant la descente, Madame Champagne comprenant que la partie était perdue, tenta de sauver la dernière carte.

    — Monsieur, dit-elle, rejoignant Maître Le Ponsart sur le palier, un mot, s’il vous plaît.

    — Soit.

    — Monsieur, puisque vous êtes sans pitié pour Sophie qui s’est tuée à soigner votre petit-fils, dit-elle d’une voix suppliante et basse, laissez-moi au moins faire appel à votre esprit de justice. Si vous voulez, ainsi que vous le dites, considérer Sophie comme une bonne, pensez alors qu’elle na pas touché de gages tant qu’elle a été chez M. Jules, et payez-lui les mois qu’elle a passés chez lui, afin qu’elle puisse accoucher chez une sage-femme et mettre l’enfant en nourrice.

    Le notaire eut un haut-le-corps ; puis un rire narquois lui rida la bouche.

    — Madame, fit-il, avec un salut cérémonieux, je suis au désespoir de ne pouvoir accueillir la requête que vous m’adressez ; et cela, mon Dieu, par une raison bien simple : c’est que vous ne ferez croire à personne qu’une bonne soit restée dans une maison où son maître ne la payait pas. Mademoiselle a donc, selon moi, par ce fait seul qu’elle n’a pas quitté sa place, incontestablement touché, chaque mois, son dû ; j’ajouterai qu’on ne demande pas de reçus à une bonne, et que, par conséquent, de l’absence de ces reçus, l’on ne saurait inférer que Mademoiselle demeure créancière de la succession de M. Jules. J’en reviens donc, et pour la dernière fois, Madame, car je suis las à la fin de répéter toujours la même chose, à inviter Mademoiselle Sophie à liquider sa situation, en signant, par dérogation cependant à la règle que j’ai posée, le présent reçu. En échange, je lui paierai la somme à laquelle je veux bien admettre qu’elle ait droit.

    — Mais c’est une infamie, Monsieur, une lâcheté, un vol, s’écria Madame Champagne, jetée hors d’elle.

    Maître Le Ponsart pirouetta et lui tourna le dos, sans même daigner répondre à ces violences.

    — Quant à vous, fichez-moi la paix, dit-il, sur le palier, aux déménageurs qui tentaient de lui carotter un nouveau litre ; et il rentra dans le logis, l’œil froncé, les mains derrière le dos.

    Une sourde colère l’agitait, l’intrusion de la papetière dans une question où elle n’avait, suivant lui, aucun motif de s’immiscer, avait enforci ses résolutions sur lesquelles appuyaient encore la hâte d’en finir, l’envie de quitter ce Paris qui était, depuis la veille, odieux, le désir de regagner au plus vite son chez soi, par un train de nuit. Puis, il s’entêtait à ne pas dépasser ce chiffre de cinquante francs qu’il avait fixé comme maximum à M. Lambois ; il se faisait un point d’honneur de justifier ses prévisions, de montrer, une fois de plus, combien il était un homme précis quand il s’agissait d’affaires ; cette économie lui semblait aussi une juste compensation de ses prodigalités de l’autre soir ; aux femmes, après tout, à s’arranger entre elles ! Enfin la rapacité des déménageurs l’avait outré ; chacun voulait tirer à boulets rouges sur sa bourse ; eh bien, personne ne l’atteindrait et personne n’aurait rien ! Ces motifs qui s’entassaient dans son esprit et se consolidaient les uns aux autres, rendaient vaines les supplications et les rages de Madame Champagne qui, aussitôt que Maître Le Ponsart revint dans la pièce, perdit toute mesure et ne risquant plus de gâter une cause déjà jugée, passa aux menaces.

    — Oui, Monsieur, oui, dit-elle, en sifflant des dents, j’irai, moi-même, dans votre pays, quand je devrais faire la route à pied, et je chambarderai tout, vous m’entendez bien ! — Je vous porterai l’enfant, je dirai partout ce qui en est ; je dirai que vous n’avez même pas eu le cœur de le faire venir au monde, cet enfant-là…

    — Ta, ta, ta, interrompit le notaire qui ouvrit son portefeuille, le cas est prévu. Voici une assignation du commissaire de police qui invite Mademoiselle à comparoir devant lui ; un mot de plus, j’use de ce papier, et je vous promets que Mademoiselle restera, si elle veut bouger de Paris, tranquille ; quant à vous, ma chère dame, je vais être obligé de vous faire assigner également par ce magistrat qui vous mettra à la raison, je vous le jure, si vous continuez de divaguer de la sorte. Au reste, venez à Beauchamp, si le cœur vous en dit, je me charge, dès votre arrivée, de vous faire coffrer et vite…

    — Oh ! la crapule ! a-t-il du vice ! murmura Madame Champagne qui aperçut, épouvantée, des enfilades de cachots sombres, les rats, le pain noir et la cruche de Latude, tout un lamentable décor de mélodrame.

    Satisfait de son petit coup de théâtre, Maître Le Ponsart descendit dans la cour où l’on chargeait les derniers meubles ; puis, lorsque tout fut bien en ordre, il invita le concierge à le suivre et remonta les quatre étages.

    — Ah, ah ! nous nous décidons enfin, dit-il, voyant Madame Champagne qui trempait une plume dans un encrier et la tendait à Sophie.

    Et tandis que les mains tremblantes des deux femmes s’unissaient pour dessiner un vague paraphe, au bas du papier, Maître Le Ponsart fit signe au concierge de ficeler les frusques éparses de la femme, et lui-même prit et serra ce récépissé dans lequel Sophie déclarait avoir servi comme bonne chez M. Jules Lambois, affirmait avoir reçu le montant intégral de ses gages, attestait ne plus avoir droit à aucune somme.

    — Après cela, tu auras de la peine à nous faire chanter, se dit-il, et il déposa sur la cheminée la somme dont il tenait, depuis la veille, la monnaie prête.

    — Et maintenant, Mesdames je suis à vos ordres. Et vous, si vous voulez ranger ces paquets dans la cour,… reprit-il, s’adressant au concierge.

    — Non, Monsieur, non ça ne vous portera pas bonheur, gémit en secouant la tête, Madame Champagne qui soutint Sophie par le bras et l’emmena, toute défaillante. Tu as bien tout ce qui t’appartient ? et elle souleva le couvercle d’un panier que la jeune fille avait, elle-même, empli.

    L’autre approuva de la tête et, lentement, elles descendirent.

    — Ouf ! Quel tintouin ! s’exclama Maître Le Ponsart demeuré seul maître de la place. Il alluma un cigare qu’il s’était refusé, par galanterie, de fumer, pour ne pas incommoder ces dames et il jeta un coup d’œil sur les murs nus ; puis, par habitude de propreté, il poussa du bout de sa bottine, dans l’âtre, des rognures de chiffons et de papiers qui traînaient sur le plancher ; un billet, plié en quatre, attira cependant son attention ; il le ramassa, et le parcourut ; c’était une ordonnance de pharmacie : De l’eau distillée de laurier-cerise et de la teinture de noix vomique. Il chercha, pendant une seconde, se rappela vaguement, en sa qualité d’homme marié et de père de famille, que cette potion aidait à combattre les vomissements de la grossesse.

    Diable ! se dit-il, mais cette fille peut avoir besoin de cette ordonnance ! — Il ouvrit la fenêtre qui donnait sur la cour, attendit que les deux femmes, descendues de l’escalier, parussent, toussa fortement et lorsqu’elles levèrent le nez, il jeta ce petit papier qui voleta et s’abattit à leurs pieds.

    — Je ne veux rien avoir à me reprocher, conclut-il, en tirant sur son cigare. Il inspecta le local, une dernière fois, s’assura qu’il était décidément vide, ferma soigneusement la porte et partit, à son tour, restituant la clef au concierge.


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