Cocorico ! Poésie



Poésie, Régions

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage…

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  • A A A
  • Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
    Ou comme cestuy là qui conquit la toison,
    Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
    Vivre entre ses parents le reste de son âge !

    Quand revoiray-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison,
    Revoiray-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

    Plus me plaist le séjour qu’ont basty mes ayeux,
    Que des palais Romains le front audacieux,
    Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine,

    Plus mon Loyre Gaulois, que le Tybre Latin,
    Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
    Et plus que l’air marin la doulceur Angevine.

    (Joachim du Bellay, Les Regrets, XXXI)


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    Poésie

    Les Djinns, de Victor Hugo

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  • A A A
  • Murs, ville
    Et port,
    Asile
    De mort,
    Mer grise
    Où brise
    La brise,
    Tout dort.

    Dans la plaine
    Naît un bruit.
    C’est l’haleine
    De la nuit.
    Elle brame
    Comme une âme
    Qu’une flamme
    Toujours suit !

    La voix plus haute
    Semble un grelot.
    D’un nain qui saute
    C’est le galop.
    Il fuit, s’élance,
    Puis en cadence
    Sur un pied danse
    Au bout d’un flot.

    La rumeur approche.
    L’écho la redit.
    C’est comme la cloche
    D’un couvent maudit ;
    Comme un bruit de foule,
    Qui tonne et qui roule,
    Et tantôt s’écroule,
    Et tantôt grandit,

    Dieu ! la voix sépulcrale
    Des Djinns !… Quel bruit ils font !
    Fuyons sous la spirale
    De l’escalier profond.
    Déjà, s’éteint ma lampe,
    Et l’ombre de la rampe,
    Qui le long du mur rampe,
    Monte jusqu’au plafond.

    C’est l’essaim des Djinns qui passe,
    Et tourbillonne en sifflant !
    Les ifs, que leur vol fracasse,
    Craquent comme un pin brûlant.
    Leur troupeau, lourd et rapide,
    Volant dans l’espace vide,
    Semble un nuage livide
    Qui porte un éclair au flanc.

    Ils sont tout près ! — Tenons fermée
    Cette salle, où nous les narguons.
    Quel bruit dehors ! Hideuse armée
    De vampires et de dragons !
    La poutre du toit descellée
    Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
    Et la vieille porte rouillée
    Tremble, à déraciner ses gonds !

    Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
    L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
    Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
    Le mur fléchit sous le noir bataillon.
    La maison crie et chancelle, penchée,
    Et l’on dirait que, du sol arrachée,
    Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
    Le vent la roule avec leur tourbillon.

    Prophète ! si ta main me sauve
    De ces impurs démons des soirs,
    J’irai prosterner mon front chauve
    Devant tes sacrés encensoirs !
    Fais que sur ces portes fidèles
    Meure leur souffle d’étincelles,
    Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
    Grince et crie à ces vitraux noirs !

    Ils sont passés ! — Leur cohorte
    S’envole, et fuit, et leurs pieds
    Cessent de battre ma porte
    De leurs coups multipliés.
    L’air est plein d’un bruit de chaînes,
    Et dans les forêts prochaines
    Frissonnent tous les grands chênes,
    Sous leur vol de feu pliés !

    De leurs ailes lointaines
    Le battement décroît,
    Si confus dans les plaines,
    Si faible, que l’on croit
    Ouïr la sauterelle
    Crier d’une voix grêle,
    Ou pétiller la grêle
    Sur le plomb d’un vieux toit.

    D’étranges syllabes
    Nous viennent encor ;
    Ainsi, des Arabes
    Quand sonne le cor,
    Un chant sur la grève
    Par instants s’élève
    Et l’enfant qui rêve
    Fait des rêves d’or.

    Les Djinns funèbres,
    Fils du trépas,
    Dans les ténèbres
    Pressent leurs pas ;
    Leur essaim gronde ;
    Ainsi, profonde,
    Murmure une onde
    Qu’on ne voit pas.

    Ce bruit vague
    Qui s’endort,
    C’est la vague
    Sur le bord ;
    C’est la plainte,
    Presque éteinte,
    D’une sainte
    Pour un mort.

    On doute
    La nuit…
    J’écoute : —
    Tout fuit,
    Tout passe ;
    L’espace
    Efface
    Le bruit.


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    Poésie, Sexualité

    Un poème érotique de La Fontaine ?

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  • A A A
  • Aimons, foutons, ce sont des plaisirs
    Qu’il ne faut pas que l’on sépare;
    La jouissance et les désirs
    Sont ce que l’âme a de plus rare.

    D’un vit, d’un con et de deux cœurs
    Naît un accord plein de douceurs
    Que les dévots blâment sans cause.
    Amaryllis, pensez-y bien :
    Aimer sans foutre est peu de chose,
    Foutre sans aimer, ce n’est rien.


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    Françaises, Poésie

    Adieu, plaisant pays de France ?

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  • A A A
  • Adieu, plaisant pays de France,
    O ma patrie
    La plus chérie,
    Qui a nourri ma jeune enfance.
    Adieu ! France ! adieu, mes beaux jours !
    La nef qui déjoint nos amours
    N’a cy de moi que la moitié ;
    Une part te reste, elle est tienne ;
    Je la fie à ton amitié
    Pour que de l’autre il te souvienne.

    Chanson de Marie Stuart, Reine d’Ecosse, en partant de Calais pour Londres.


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    Poésie

    Le poème le plus célèbre écrit en langue française

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  • A A A
  • Chanson d’automne

    Les sanglots longs
    Des violons
    De l’automne
    Blessent mon coeur
    D’une langueur
    Monotone.

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l’heure,
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure

    Et je m’en vais
    Au vent mauvais
    Qui m’emporte
    Deçà, delà,
    Pareil à la
    Feuille morte.

    Paul Verlaine (Poèmes saturniens)


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    Histoire, Poésie

    Après la bataille

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  • A A A
  • Mon père, ce héros au sourire si doux,
    Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
    Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
    Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
    Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
    Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
    C’était un Espagnol de l’armée en déroute
    Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
    Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
    Et qui disait: ” A boire! à boire par pitié ! ”
    Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
    Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
    Et dit: “Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. ”
    Tout à coup, au moment où le housard baissé
    Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
    Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
    Et vise au front mon père en criant: “Caramba! ”
    Le coup passa si près que le chapeau tomba
    Et que le cheval fit un écart en arrière.
    ” Donne-lui tout de même à boire “, dit mon père.

    Victor Hugo (La légende des siècles)

    Retrouvez le commentaire de ce poème et le coeur de la culture française dans le livre A Coeur… Par Coeur


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    Poésie

    A une Dame créole, texte original ?

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  • A A A
  • Au pays parfumé que le soleil caresse,
    J’ai vu dans un retrait de tamarins ambrés
    Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse
    Une dame créole aux charmes ignorés.

    Son teint est pâle et chaud: la brune enchanteresse
    A dans le cou des airs noblement maniérés;
    Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
    Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

    Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
    Sur les bords de la Seine ou de la vaste Loire,
    Belle digne d’orner les antiques manoirs,

    Vous feriez, à l’abri des mousseuses retraites
    Germer mille sonnets dans le coeur des poètes
    Que vos regards rendraient plus soumis que vos Noirs.

    (Charles Baudelaire)


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    Poésie

    Mignonne, allons voir si la rose ?

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  • A A A
  • A Cassandre.

    Mignonne, allons voir si la rose
    Qui ce matin avoit desclose
    Sa robe de pourpre au Soleil,
    A point perdu ceste vesprée
    Les plis de sa robe pourprée,
    Et son teint au vostre pareil.

    Las ! voyez comme en peu d’espace,
    Mignonne, elle a dessus la place
    Las ! las ses beautez laissé cheoir !
    Ô vrayment marastre Nature,
    Puis qu’une telle fleur ne dure
    Que du matin jusques au soir !

    Donc, si vous me croyez, mignonne,
    Tandis que vostre âge fleuronne
    En sa plus verte nouveauté,
    Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
    Comme à ceste fleur la vieillesse
    Fera ternir vostre beauté.


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