Cocorico ! Poésie



Poésie, Voyage en France

L’Albatros, de Charles Baudelaire ?

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  • A A A
  • Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d’eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

    — Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal


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    Poésie, Sélection

    Inconscience, par Émile Verhaeren ?

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    Emile-Verhaeren
  • A A A
  • L’âme et le coeur si las des jours, si las des voix,
    Si las de rien, si las de tout, l’âme salie ;
    Quand je suis seul, le soir, soudainement, parfois,
    Je sens pleurer sur moi l’oeil blanc de la folie.

    Celui, si triste hélas ! qui s’en alla, là-bas,
    - Pâle oeil désenchanté de la raison méchante -
    Rêver à quelque chose, au loin, qu’on ne voit pas
    A quelque chose au loin qui tremble et pleure et chante.

    Morne crapaud blotti sous les roses, tout seul !
    Si seul ! – morne crapaud pleureur de lune, appelle !
    Appelle ! Et vous, petites fleurs, pour le linceul
    De mon cerveau, l’ensevelisseuse vient-elle ?

    Être l’errant au monde et le pauvre de soi,
    Avec le feu bougeant d’une âme, qui tremblote
    Derrière une main frêle et ballotte son moi ;
    Qui tremblote comme un reflet dans l’eau ballotte.

    Passer inconscient et se faire l’ami
    De ce qui vole et rampe et fuit, là-bas. Naguère,
    Avant que ne sortît du somme, l’endormi,
    Le premier homme, on a vu mes pareils sur terre.

    Ayez amour pour eux, ayez amour un peu !
    Ils sont les charmeurs lents, là-bas, des brises lentes :
    Leurs doigts, qui n’ont jamais touché le mauvais feu,
    Dansent des airs lointains, sur des flûtes tremblantes:

    Les puérils et les vaguants, mais loin du mal,
    Et les doux égarés, par les bruyères vertes :
    Hamlet rirait Peut-être, hélas ! mais Parsifal ?
    Ô Parsifal bénin et clair, comprendrait certes !

    – Émile Verhaeren, Insconscience (Les débâcles)


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    Poésie, Sélection

    Les 4 poètes français les plus recherchés sur Internet ?

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    Charles_Baudelaire_par_Nadar
  • A A A
    1. Charles Baudelaire
    2. Victor Hugo
    3. Arthur Rimbaud
    4. Paul Verlaine

     


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    Poésie, Voyage en France

    Le manuscrit du Port de Baudelaire ?

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  • A A A
  • Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir.

    Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose


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    Poésie

    La Voix, de Charles Baudelaire ?

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  • A A A
  • Mon berceau s’adossait à la bibliothèque,
    Babel sombre, où roman, science, fabliau,
    Tout, la cendre latine et la poussière grecque,
    Se mêlaient. J’étais haut comme un in-folio.
    Deux voix me parlaient. L’une, insidieuse et ferme,
    Disait: “La Terre est un gâteau plein de douceur;
    Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme !)
    Te faire un appétit d’une égale grosseur.”
    Et l’autre: “Viens! oh! viens voyager dans les rêves,
    Au delà du possible, au delà du connu!”
    Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
    Fantôme vagissant, on ne sait d’où venu,
    Qui caresse l’oreille et cependant l’effraie.
    Je te répondis: “Oui! douce voix!” C’est d’alors
    Que date ce qu’on peut, hélas! nommer ma plaie
    Et ma fatalité. Derrière les décors
    De l’existence immense, au plus noir de l’abîme,
    Je vois distinctement des mondes singuliers,
    Et, de ma clairvoyance extatique victime,
    Je traîne des serpents qui mordent mes souliers.
    Et c’est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
    J’aime si tendrement le désert et la mer;
    Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
    Et trouve un goût suave au vin le plus amer;
    Que je prends très-souvent les faits pour des mensonges,
    Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
    Mais la Voix me console et dit: “Garde tes songes;
    Les sages n’en ont pas d’aussi beaux que les fous!”

    — Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1868


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    Poésie, Sélection

    Les Sapins d’Apollinaire ?


  • A A A
  • Les sapins en bonnets pointus
    De longues robes revêtus
    Comme des astrologues
    Saluent leurs frères abattus
    Les bateaux qui sur le Rhin voguent

    Dans les sept arts endoctrinés
    Par les vieux sapins leurs aînés
    Qui sont de grands poètes
    Ils se savent prédestinés
    À briller plus que des planètes

    À briller doucement changés
    En étoiles et enneigés
    Aux Noëls bienheureuses
    Fêtes des sapins ensongés
    Aux longues branches langoureuses

    Les sapins beaux musiciens
    Chantent des noëls anciens
    Au vent des soirs d’automne
    Ou bien graves magiciens
    Incantent le ciel quand il tonne

    Des rangées de blancs chérubins
    Remplacent l’hiver les sapins
    Et balancent leurs ailes
    L’été ce sont de grands rabbins
    Ou bien de vieilles demoiselles

    Sapins médecins divagants
    Ils vont offrant leurs bons onguents
    Quand la montagne accouche
    De temps en temps sous l’ouragan
    Un vieux sapin geint et se couche

    Guillaume ApollinaireAlcools.

    (Iconographie: sapin des Vosges)


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    Poésie, Sélection

    L’Art, de Théophile Gautier ?

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  • A A A
  • Oui, l’œuvre sort plus belle
    D’une forme au travail
    Rebelle,
    Vers, marbre, onyx, émail.

    Point de contraintes fausses !
    Mais que pour marcher droit
    Tu chausses,
    Muse, un cothurne étroit !

    Fi du rythme commode,
    Comme un soulier trop grand,
    Du mode
    Que tout pied quitte et prend !

    Statuaire, repousse
    L’argile que pétrit
    Le pouce
    Quand flotte ailleurs l’esprit ;

    Lutte avec le carrare,
    Avec le paros dur
    Et rare,
    Gardiens du contour pur ;

    Emprunte à Syracuse
    Son bronze où fermement
    S’accuse
    Le trait fier et charmant ;

    D’une main délicate
    Poursuis dans un filon
    D’agate
    Le profil d’Apollon.

    Peintre, fuis l’aquarelle,
    Et fixe la couleur
    Trop frêle
    Au four de l’émailleur ;

    Fais les sirènes bleues,
    Tordant de cent façons
    Leurs queues,
    Les monstres des blasons ;

    Dans son nimbe trilobe
    La Vierge et son Jésus,
    Le globe
    Avec la croix dessus.

    Tout passe. — L’art robuste
    Seul a l’éternité :
    Le buste
    Survit à la cité,

    Et la médaille austère
    Que trouve un laboureur
    Sous terre
    Révèle un empereur.

    Les dieux eux-mêmes meurent.
    Mais les vers souverains
    Demeurent
    Plus forts que les airains.

    Sculpte, lime, cisèle ;
    Que ton rêve flottant
    Se scelle
    Dans le bloc résistant !

    Théophile Gautier, Émaux et Camées.


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    Poésie

    Voyelles d’Arthur Rimbaud ?

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  • A A A
  • A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles,
    Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
    A, noir corset velu des mouches éclatantes
    Qui bombillent autour des puanteurs cruelles,

    Golfe d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
    Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles
    I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
    Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

    U, cycles, vibrements divins des mers virides,
    Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
    Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

    O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
    Silences traversés des Mondes et des Anges :
    — O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

    (Arthur Rimbaud, Voyelles)


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    Poésie

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant ?

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  • A A A
  • Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
    D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
    Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
    Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

    Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
    Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

    Est-elle brune, blonde ou rousse ? — Je l’ignore.
    Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
    Comme ceux des aimés que la Vie exila.

    Son regard est pareil au regard des statues,
    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
    L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

    (Paul Verlaine, Mon rêve familier, Poèmes saturniens)


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    Poésie

    Paul Eluard, Liberté ?

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  • A A A
  • Sur mes cahiers d’écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable de neige
    J’écris ton nom

    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J’écris ton nom

    Sur les images dorées
    Sur les armes des guerriers
    Sur la couronne des rois
    J’écris ton nom

    Sur la jungle et le désert
    Sur les nids sur les genêts
    Sur l’écho de mon enfance
    J’écris ton nom

    Sur les merveilles des nuits
    Sur le pain blanc des journées
    Sur les saisons fiancées
    J’écris ton nom

    Sur tous mes chiffons d’azur
    Sur l’étang soleil moisi
    Sur le lac lune vivante
    J’écris ton nom

    Sur les champs sur l’horizon
    Sur les ailes des oiseaux
    Et sur le moulin des ombres
    J’écris ton nom

    Sur chaque bouffées d’aurore
    Sur la mer sur les bateaux
    Sur la montagne démente
    J’écris ton nom

    Sur la mousse des nuages
    Sur les sueurs de l’orage
    Sur la pluie épaisse et fade
    J’écris ton nom

    Sur les formes scintillantes
    Sur les cloches des couleurs
    Sur la vérité physique
    J’écris ton nom

    Sur les sentiers éveillés
    Sur les routes déployées
    Sur les places qui débordent
    J’écris ton nom

    Sur la lampe qui s’allume
    Sur la lampe qui s’éteint
    Sur mes raisons réunies
    J’écris ton nom

    Sur le fruit coupé en deux
    Du miroir et de ma chambre
    Sur mon lit coquille vide
    J’écris ton nom

    Sur mon chien gourmand et tendre
    Sur ses oreilles dressées
    Sur sa patte maladroite
    J’écris ton nom

    Sur le tremplin de ma porte
    Sur les objets familiers
    Sur le flot du feu béni
    J’écris ton nom

    Sur toute chair accordée
    Sur le front de mes amis
    Sur chaque main qui se tend
    J’écris ton nom

    Sur la vitre des surprises
    Sur les lèvres attendries
    Bien au-dessus du silence
    J’écris ton nom

    Sur mes refuges détruits
    Sur mes phares écroulés
    Sur les murs de mon ennui
    J’écris ton nom

    Sur l’absence sans désir
    Sur la solitude nue
    Sur les marches de la mort
    J’écris ton nom

    Sur la santé revenue
    Sur le risque disparu
    Sur l’espoir sans souvenir
    J’écris ton nom

    Et par le pouvoir d’un mot
    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer

    Liberté

    Paul Eluard, Poésies et vérités, 1942


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