Philosophie

Foucault: le pouvoir liant et immobilisant, une histoire jupitérienne ?

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  • A A A
  • Jupiter, dieu hautement reprĂ©sentatif du pouvoir, dieu par excellence de la première fonction et du premier ordre dans la tripartition indo-europĂ©enne, c’est Ă  la fois le dieu aux liens et le dieu aux foudres. Eh bien, je crois que l’histoire, telle qu’elle fonctionne encore au Moyen Ă‚ge, avec ses recherches d’antiquitĂ©, ses chroniques au jour le jour, ses recueils d’exemples mis en circulation, c’est encore et toujours cette reprĂ©sentation du pouvoir, qui n’en est pas simplement l’image, mais aussi la procĂ©dure de revigoration. L’histoire, c’est le discours du pouvoir, le discours des obligations par lesquelles le pouvoir soumet ; c’est aussi le discours de l’Ă©clat par lequel le pouvoir fascine, terrorise, immobilise. Bref, liant et immobilisant, le pouvoir est fondateur et garant de l’ordre ; et l’histoire est prĂ©cisĂ©ment le discours par lequel ces deux fonctions qui assurent l’ordre vont ĂŞtre intensifiĂ©es et rendues plus efficaces. D’une façon gĂ©nĂ©rale, on peut donc dire que l’histoire, jusque tard encore dans notre sociĂ©tĂ©, a Ă©tĂ© une histoire de la souverainetĂ©, une histoire qui se dĂ©ploie dans la dimension et dans la fonction de la souverainetĂ©. C’est une histoire « jupitĂ©rienne ».

    (Michel Foucault, extrait de Il faut défendre la société, Cours du 28 janvier 1976)


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    L’esprit de gĂ©omĂ©trie et l’esprit de finesse ?


  • A A A
  • On peut avoir le sens droit, et n’aller pas Ă©galement Ă  toutes choses ; car il y en a qui l’ayant droit dans un certain ordre de choses, s’éblouissent dans les autres. Les uns tirent bien les consĂ©quences de peu de principes. Les autres tirent bien les consĂ©quences des choses oĂą il y a beaucoup de principes. Par exemple, les uns comprennent bien les effets de l’eau, en quoi il y a peu de principes, mais dont les consĂ©quences sont si fines, qu’il n’y a qu’une grande pĂ©nĂ©tration qui puisse y aller ; et ceux lĂ  ne seraient peut ĂŞtre pas grands gĂ©omètres ; parce que la GĂ©omĂ©trie comprend un grand nombre de principes, et qu’une nature d’esprit peut ĂŞtre telle, qu’elle puisse bien pĂ©nĂ©trer peu de principes jusqu’au fond, et qu’elle ne puisse pĂ©nĂ©trer les choses oĂą il y a beaucoup de principes.

    Il y a donc deux sortes d’esprits, l’un de pénétrer vivement et profondément les conséquences des principes, et c’est là l’esprit de justesse ; l’autre de comprendre un grand nombre de principes sans les confondre, et c’est là l’esprit de Géométrie. L’un est force et droiture d’esprit, l’autre est étendue d’esprit. Or l’un peut être sans l’autre, l’esprit pouvant être fort et étroit, et pouvant être aussi étendu et faible.

    Il y a beaucoup de différence entre l’esprit de Géométrie et l’esprit de finesse. En l’un les principes sont palpables, mais éloignés de l’usage commun, de sorte qu’on a peine à tourner la tête de ce côté là manque d’habitude ; mais pour peu qu’on s’y tourne on voit les principes à plein ; et il faudrait avoir tout à fait l’esprit faux pour mal raisonner sur des principes si gros qu’il est presque impossible qu’ils échappent.

    Mais dans l’esprit de finesse les principes sont dans l’usage commun, et devant les yeux de tout le monde. On n’a que faire de tourner la tête ni de se faire violence. Il n’est question que d’avoir bonne vue : mais il faut l’avoir bonne ; car les principes en sont si déliés et en si grand nombre, qu’il est presque impossible qu’il n’en échappe. Or l’omission d’un principe mène à l’erreur : ainsi il faut avoir la vue bien nette, pour voir tous les principes ; et ensuite l’esprit juste, pour ne pas raisonner faussement sur des principes connus.

    Tous les géomètres seraient donc fins, s’ils avaient la vue bonne ; car ils ne raisonnent pas faux sur les principes qu’ils connaissent : et les esprits fins seraient géomètres, s’ils pouvaient plier leur vue vers les principes inaccoutumés de Géométrie.

    Ce qui fait donc que certains esprits fins ne sont pas géomètres, c’est qu’ils ne peuvent du tout se tourner vers les principes de Géométrie : mais ce qui fait que des géomètres ne sont pas fins, c’est qu’ils ne voient pas ce qui est devant eux, et qu’étant accoutumés aux principes nets et grossiers de Géométrie, et à ne raisonner qu’après avoir bien vu et manié leurs principes, ils se perdent dans les choses de finesse, où les principes ne se laissent pas ainsi manier. On les voit à peine : on les sent plutôt qu’on ne les voit : on a des peines infinies à les faire sentir à ceux qui ne les sentent pas d’eux-mêmes : ce sont choses tellement délicates et si nombreuses, qu’il faut un sens bien délicat et bien net pour les sentir, et sans pouvoir le plus souvent les démontrer par ordre comme en Géométrie, parce qu’on n’en possède pas ainsi les principes, et que ce serait une chose infinie de l’entreprendre. Il faut tout d’un coup voir la chose d’un seul regard, et non par progrès de raisonnement, au moins jusqu’à un certain degré. Et ainsi il est rare que les géomètres soient fins, et que les fins soient géomètres ; à cause que les géomètres veulent traiter géométriquement les choses fines, et se rendent ridicules, voulant commencer par les définitions, et ensuite par les principes, ce qui n’est pas la manière d’agir en cette sorte de raisonnement. Ce n’est pas que l’esprit ne le fasse ; mais il le fait tacitement, naturellement, et sans art ; car l’expression en passe tous les hommes, et le sentiment n’en appartient qu’à peu.

    Et les esprits fins au contraire ayant ainsi accoutumé de juger d’une seule vue, sont si étonnés quand on leur présente des propositions où ils ne comprennent rien, et où pour entrer il faut passer par des définitions et des principes stériles et qu’ils n’ont point accoutumé de voir ainsi en détail, qu’ils s’en rebutent et s’en dégoûtent. Mais les esprits faux ne sont jamais ni fins ni géomètres.

    Les géomètres qui ne sont que géomètres ont donc l’esprit droit, mais pourvu qu’on leur explique bien toutes choses par définitions et par principes ; autrement ils sont faux et insupportables ; car ils ne sont droits que sur les principes bien éclaircis. Et les fins qui ne sont que fins ne peuvent avoir la patience de descendre jusqu’aux premiers principes des choses spéculatives et d’imagination qu’ils n’ont jamais vues dans le monde et dans l’usage.

    (Blaise Pascal, Pensées, édition de Port-Royal, XXXI)
    (Blaise Pascal est nĂ© en 1623 Ă  Clairmont, aujourd’hui Clermont-Ferrand, en Auvergne, et mort en 1662 Ă  Paris)


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    Pascal et le roseau pensant ?

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  • A A A
  • L’homme n’est qu’un roseau le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser. Une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue ; parce qu’il sait qu’il meurt ; et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.

    Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever, non de l’espace et de la durée. Travaillons donc à bien penser. Voilà le principe de la morale.

    (Blaise Pascal, Pensées).


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    Les 4 préceptes de Descartes ?

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  • A A A
  • Le premier Ă©toit de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse Ă©videmment ĂŞtre telle; c’est-Ă -dire, d’Ă©viter soigneusement la prĂ©cipitation et la prĂ©vention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se prĂ©senteroit si clairement et si distinctement Ă  mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

    Le second, de diviser chacune des difficultĂ©s que j’examinerois, en autant de parcelles qu’il se pourroit, et qu’il seroit requis pour les mieux rĂ©soudre.

    Le troisième, de conduire par ordre mes pensĂ©es, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisĂ©s Ă  connoĂ®tre, pour monter peu Ă  peu comme par degrĂ©s jusques Ă  la connoissance des plus composĂ©s, et supposant mĂŞme de l’ordre entre ceux qui ne se prĂ©cèdent point naturellement les uns les autres.

    Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.


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    La phrase la plus célèbre de Jean Rostand ?


  • A A A
  • La science a fait de nous des dieux avant mĂŞme que nous mĂ©ritions d’être des hommes.

    (Jean Rostand, Pensées d’un biologiste)

    Jean Rostand, fils d’Edmond Rostand (l’auteur de l’Aiglon et de Cyrano de Bergerac), fut un biologiste et un philosophe des sciences qui a marquĂ© son temps. Il a vĂ©cu et menĂ© ses recherches Ă  Ville-d’Avray, au 29 rue Pradier, dans la maison jadis occupĂ©e par la Valtesse de La Bigne, une cĂ©lèbre demi-mondaine.


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